SYLVIE CLOUTIER UN MONDE RECYCLÉ...
À 13 ans, elle vendait son premier tableau. À 15 ans, elle enseignait le dessin au Centre culturel de Saint-Hyacinthe. D'abord conquise par l'aquarelle, elle produisait des sujets figuratifs. Ensuite, fascinée par les oeuvres des maîtres de l'abstraction, Kandinsky entre autres, elle cessa de s'inspirer des formes du monde familier et créa son propre langage peint. C'est une opération presque héroïque, car c'est se priver d'un mode d'expression accessible à tout le monde et choisir une forme voisine de l'ésotérisme, ne pouvant être appréciée que par les amateurs de l'art purement formel. Tout ceci est vite dit. Mais il n'y a pas d'art abstrait formaliste. On y entre dans un univers sans références, qui est nécessairement arbitraire - même s'il est inventé par souci de logique - hautement personnalisé, qui se distingue par le choix des éléments qui le composent et, naturellement, par le style de son auteur. Sylvie Cloutier s'est forgée une manière de vivre bien à elle. À grands renforts de figures géométriques et de tracés qui évoquent ceux des arpenteurs et des urbanistes, elle exprime des états d'âme, des sentiments qui n'ont rien de livresque ou de théorique. Elle utilise les formes et les couleurs d'une façon à la fois intuitive et musicale. À quoi s'ajoute un penchant inné pour la qualité intrinsèque des matières, notamment dans l'usage de matériaux étonnés d'être devenus des parties de tableaux... Sa couleur va du dramatique à la clarté joyeuse. Ses lignes traduisent des mouvements, des directions, des limites; des répétitions, des affirmations, des conflits; des complaisances, des contrastes, des transpositions, des circuits, etc.. En fin de compte, elle propose des schèmes issus de sa propre sensibilité: à nous de nous y reconnaître et de nous y fondre. Son art est essentiellement un art de communication. D'une part, elle est une source, une aventure; d'autre part, elle nous invite à l'accompagner dans sa perception des choses. Ses titres montrent bien qu'elle ne s'est pas réfugiée dans l'abscons mais, au contraire, qu'elle reste ouverte à la nature et aux réactions de son être sensible: En traversant la colline, Survol, Le soleil a rendez-vous avec la lune, Champs de blé, Quelle vue magnifique, Quel spectacle, Tornade, - Percée de lumière, Nature en force, Brise du sud, etc.. Visuellement parlant, elle nous fait assister à la démonstration de théorèmes du cours... Pour ceux qui veulent en savoir plus, rappelons qu'elle a suivi un cours de trois ans, par correspondance, au Famous Artists School de Westport, Connecticut, aux Etats-Unis; qu'elle a étudié au Cégep du Vieux-Montréal (DEC en arts plastiques); à l'Université Concorda (BAC en Beaux-Arts), à l'Université de Montréal (certificat en enseignement des arts plastiques au niveau secondaire); et à l'Université du Québec à Montréal (cours en arts d'impression). Son moyen préféré est l'acrylique sur toile, masonite, etc.; précédée de collages et de pochoirs. Elle peint régulièrement depuis son enfance, a un faible pour les tableaux verticaux et, ce qui mériterait un examen plus poussé, fabrique aussi des bijoux. Voici comment elle a défini sa démarche et l'image que je vous propose vous invite à chercher à l'intérieur ce qu'elle signifie pour vous, pour l'individu que vous êtes, l'ayant produite à partir de ce que je suis moi-même. Par les temps qui courent, son talent s'exerce surtout à la Maison des Arts et de la Culture du Haut-Richelieu, à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Paul Gladu
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